L'heure de l'assemblée générale
Avec l'éditorial de Luc-Olivier Erard, dans le Courrier du 28 juin, nous avions pu relever l'exemple d'un journaliste qui a bien compris les fondements du combat des Boillat. Bien sûr, comme il fallait s'y attendre, on reçoit toujours un contre-exemple, par l'effet d'une sorte de loi de Murphy. Eh oui, c'était trop beau pour être vrai! C'est pourquoi, Pierre-André Chapatte, dans un commentaire (oui, Karl triche sur le droit d'auteur, honte à lui) publié dans Le Quotidien jurassien a aussi sec rétabli l'équité, en produisant un joli monument de neutralisme mal assumé. Il le dit lui-même: "A trop tirer sur la corde, elle a fini par rompre", description en effet exacte d'un journalisme qui, à force de ne pas vouloir prendre parti, coupe la corde usée à laquelle il est accroché pour s'enfoncer dans l'abîme de la corbeille à papier (destinée au recyclage, attention).
Une phrase a déjà valu quelques commentaires sur le blog: "L’intransigeance a eu raison de la médiation. En repoussant à nouveau au début de cette semaine la décision du personnel de la Boillat sur les propositions de l’expert indépendant Jürg Müller, la délégation du personnel a commis l’erreur de pousser à la faute la direction de Swissmetal pourtant connue pour ses interventions intempestives". Oui, pousser son ennemi à la faute est une grave erreur étant donné que, normalement, il vaudrait mieux lui donner la corde pour se pendre. Comme ça, on ne risque pas de tirer trop dessus, à cette pôôôvre corde.
Bien sûr, c'est la faute à tout le monde, si la médiation s'est terminée. Et surtout, comme Swissmetal est plus fort que les Boillat et Rolf Bloch, il eut mieux valu se rendre sans combattre. Et les licenciés dans les commissions, ce sont des têtes brûlées, messieurs dames. Des gens qui sont prêt à sacrifier les emplois de leurs collègues pour... Pourquoi? Pour sauver la Boillat? Non messieurs dames, pour faire les jusqu'au boutiste qui s'arcboutent.
Mais le meilleur suit: "La direction de Swissmetal indique qu’elle entend tout de même suivre les recommandations de l’expert indépendant. Prenons-la au mot". Excellent n'est-ce pas? Même l'expert, surtout lui en fait, comme nous allons le voir, n'y croirait pas. Mais P.-A. Chapatte si. C'est un amoureux du consensus, si bien qu'il en oublie que, chez Swissmetal, l'amour est une valeur non cotée en bourse, tout comme le savoir-faire, donc sans valeur. Ainsi, il faut les prendre au mot, comme Unia le fait, d'ailleurs. Il faut croire que Swissmetal suivra les propositions de l'expert. Très drôle. Citons donc Philippe Oudot, dans le Juju du 28 juin:
"Rolf Bloch constate que l'organe indépendant qu'il avait proposé va changer de nature. 'Je proposais une commission restreinte de trois membres, avec un représentant de la médiation, un de Swissmem et un d'Unia. Les commissions d'entreprise et du personnel, ainsi que la direction n'y auraient pas été représentées mais auraient été nos interlocuteurs'. Ils auraient pu solliciter l'organe de surveillance en cas de non-respect des engagements. Cette commission aurait alors proposé des solutions. N'ayant pas de pouvoir décisionnel, elle aurait fait appel au Tribunal arbitral prévu dans la CCT en cas de blocage de la situation. Avec la solution que Swissmetal se propose d'appliquer, la direction sera donc juge et partie".Mais prenons donc Swissmetal au mot, voyons. Swissmetal, nous vous prenons au mot: faites ce que vous avez dit, donc détruisez-nous cette Boilla tqu'on en finisse. Et P.-A. Chapatte de faire comme si Swissmetal aurait accepté que Rolf Bloch vienne mettre son nez dans les affaires de la Boillat. Comme si Swissmetal n'aurait pas quitté la médiation au lendemain de son assemblée générale. Un grand naïf travaille au QJ, et écrit de beaux articles à l'eau de rose. Une overdose de Barbara Cartland?
Le second article nous vient de Work, journal d'Unia (en allemand). Il s'agit d'une interview de Jürg Müller, réalisée par Oliver Fahrni. Grâce à 2 courageux blogueurs, "Bloggeur fou" et "Rensk", Karl peut vous proposer dès maintenant une traduction française de ce texte. Un immense merci à eux (et puisse Oliver Fahrni nous pardonner ce piratage).
Cette interview est excellente, c'est aussi simple que ça. Si Rolf bloch semble très en retrait d'une prise de parole franche, peut-être à cause de sa position de médiateur et des compte qu'il doit rendre au Conseil fédéral, ce n'est pas du tout le cas de Jürg Müller, mais alors pas du tout. Non, l'expert n'a pas la langue dans la poche et, qui plus est, elle n'est pas en bois. Ce n'est pas non plus une langue de vipère, comme celle de Martinou.
L'expert considère en effet qu'"Il était économiquement totalement absurde de licencier 111 personnes, surtout en ayant un carnet de commande plein à ras bord pour de nombreux mois". Idem pour le licenciement des cadres. Quant au transfert de la fonderie, actuellement, c'est "une absurdité". L'histoire de la "grève perlée" de Martinou semble carrément révolter Jürg Müller, qui souligne que le manque de productivité de la Boillat était dû à la direction de Swissmetal. Et, même si "C'est désagréable à dire", l'expert pense que "le fondement est l'incompétence" (au niveau de la direction de Swissmetal). Si J. Müller estime que seul son plan permettrait de sauver les meubles, vu qu'il déclare la vente de la Boillat impossible, à la dernière question ("Mais peut-on exiger des Boillat de se livrer à Hellweg ? Ils ont au moins quelques bonnes raisons de s'attendre, de sa part, au démontage industriel"), il répond: "Quelle autre possibilité y a-t-il ? Cette histoire laisse un arrière-goût très amer". Certes, il y a de ça.
Jürg Müller parle aussi d'un second rapport, dans lequel il se serait demandé s'il y avait un plan secret de Swissmetal (le déplacement des activités de la Boillat vers Busch-Jaeger), mais estime n'en avoir pas trouvé la preuve. Evidemment, car pour ça, Martin Hellweg est malin. Au fait, quel est ce second rapport? Pourrait-on le voir publié un jour, ainsi que le premier?
De plus, Jürg Müller, qui n'est pourtant pas syndicaliste, soulève un débat de fond dont Unia, où le débat se limite à disqualifier d'avance toute critique sur des bases fallacieuses (un peu comme chez Martinou, mais nous y reviendrons avec le dernier numéro de L'Evenement syndical. Karl est d'ailleurs preneur pour un scan si vous avez ça), ferait bien de s'inspirer. J. Müller signale, à l'intention des Boillat, qu'en Suisse, le personnel ne décide pas de la stratégie industrielle d'une entreprise. Mais il ajoute qu'en Allemagne, le système des conseils d'administration paritaire fait qu eles décisions importantes n'y sont plus prises. Alors, comment faire? Il ne répond pas, mais dit: "Il serait bon de trouver un instrument pour garantir que le savoir-faire et les idées du personnel soient pris en compte dans les décisions. Si le syndicat Unia invente un tel instrument, je suis preneur". Karl en connait d'autres, qui seraient preneurs, mais doute qu'Unia soit capable d'un tel élan de créativité, allez savoir pourquoi.
Jürg Müller a décidément des choses à dire.
Et Cette AG?
Nous y sommes, à l'assemblée générale des actionnaires de Swissmetal, finalement. Karl en profite pour ajouter quelques détails sur Avins. Depuis son arrivée, Martinou fait la chasse au clients mauvais payeur sauf, depuis 2004... Avins. Donc, Avins a une solide dette auprès de Swissmetal (entre 1 et plusieurs millions de francs). De plus, ce n'est pas une très grande entreprise. De là à penser que Swissmetal a racheté Avins en échange d'une suppression des dettes... Mais que vient donc faire Ralph Glassberg au conseil d'administration du groupe?
De plus, quand on relit le rapport annuel 2005 de Swissmetal (téléchargement lourd), page 10, on rigole un bon coup de la "stratégie", à la lumière du rachat d'Avins. Franchement, entre parenthèses, il faut relire tout la page 6 pour déguster l'ampleur de la crasse swissmetalienne.
"Le noyau central de la stratégie est de satisfaire, voire même de surpasser les attentes des clients au niveau des livraisons, des conseils et des prestations de services": les clients doivent apprécier. Pourtant, nous ne sommes plus le premier avril. Mais encore: "Font parties de la tradition chez Swissmetal la recherche, le développement du savoir-faire, le partage et l’apprentissage dans le travail". D'ailleurs, les apprentis s'en souviendront longtemps. Tout comme les chercheurs. Quant au savoir-faire, il ne sera bientôt plus là pour témoigner (c'eut été un témoin dérangeant, car il déclenche des grèves).
Mais revenons à nos moutons. La "stratégie" contient 3 axes bien solides comme tout: excellence opérationnelle en Europe, consolidation européenne et stratégie pour l'Asie (il y a donc une "stratégie" dans la "stratégie", attention à ne pas nous perdre). En gros, cette "stratégie" s'oriente donc sur le rachat de sites de production, en Europe et en Asie, ainsi que sur d'éventuelles alliances.
Or, Avins est aux Etats-Unis, et n'est pas un site de production. Dans le récent communiqué de Swissmetal, on peut néanmoins lire: "Cette acquisition est basée sur la stratégie de l’entreprise qui est de gérer et de contrôler elle-même à moyen et à long terme sa distribution sur les sept marchés stratégiques (États-Unis, Allemagne, Suisse, Italie, France, Inde et Chine) ". Donc, c'est la "stratégie", de racheter Avins, et si on lit la "stratégie", il n'aurait pas fallu l'acheter. Ce sens de la contradiction est certainement "stratégique". Mais Swissmetal se justifie, tenez-vous bien: "Avins entretient de bons contacts avec les fabricants de produits semi-finis à base de cuivre en Europe et en Asie". Voilà, L'Aise, l'Europe, tout est dit. On reste donc, de manière tout à fait claire, dans la "Stratégie". Enfin, oui mais non. Plutôt non? Ah bon, tant pis alors, vous n'avez rien compris. D'ailleurs, vous êtes viré, agitateur de grève perlée!
Karl a reçu une jolie image d'Epinal, tirée d'une série imprimée lors de la Première guerre mondiale, qui représente fort bien les espoirs de Martinou (merci anonyme!):

Mais ne l'oublions pas, l'Association nouvelle Boillat sera présente à l'AG, et elle est très bien préparée. De plus, il n'y aura pas qu'elle, mais aussi, entre autres, des clients, qui viendront exprimer leurs quelques menus soucis concernant "Le noyau central de la stratégie", qui est "de satisfaire, voire même de surpasser les attentes des clients au niveau des livraisons, des conseils et des prestations de services". Ca, ils se surpassent pour en arriver là où ils en sont. La "stratégie" serait-elle dénoyautée? Comme le fruit est pourri, il n'en resterait plus grand chose. Karl a comme un doute, sur la "stratégie".
Bravo à tous ces gens, qui ont énormément travaillé, pour aller faire quelque chose dans cette atroce assemblée générale. Karl n'y sera pas, estimant que prendre toutes les précautions pour éviter de faire prendre des risques au blog était, bien que probablement excessif, sage.
Ils feront face à Martin Hellweg, Friedrich Sauerländer, et toute cette clique de criminels en col blanc. Vous rendez-vous compte? Quelle horreur, berk. C'est à 14H au plus tard qu'il faudra être devant la salle, pour admirer ces malfrats.
Petit post scriptum
JFBO demandait, dans un commentaire, demandait à Karl: "j'aimerais bien savoir de quel pâte tu as été pétri". Héhé... C'est une pâte spéciale, Karl vous le dit. C'est de la pâte de jurabernoissien, ou de jurassudien (comme vous voulez), et on l'appelle jurabernoissite, ou jurassudite (toujours comme vous voulez). Oui, le nom même de la pâte fait débat, et débat enflammé, c'est dire si elle est mystérieuse.
D'après le fameux Livre du grand tout, on pourrait croire être en mesure de la pétrir et de la déformer à volonté, car elle est bonne pâte, mais, une fois les doigts enfoncés bien profond dedans, on se rend compte que, décidément, là au milieu, il y a du dur (même si c'est toujours de la pâte!). Même à coups de marteau-piqueur, rien n'y fait (un peu comme une histoire de noix, dans Gaston Lagaffe), des expérimentateurs chevronnés l'assurent. En plus, cette pâte est semi-transparente. On ne la voit pas trop, elle est discrète. Au premier abord, on croit pouvoir la transpercer du regard, et n'y constater que de bien simples choses, à l'existence fragile et placide. Mais, en cherchant dans le détail, on remarque que, en fait, il y a un truc opaque, indéfinissable, le fameux machin tellement solide, qui pourtant ne se différencie pas de la couche externe. C'est donc une matière fort bizarre, que les scientifiques étudient les yeux écarquillés, et les paupières battantes.
Des manipulations diverses de la jurabernoissite (ou jurassudite), on fait penser les chercheurs à un matériau extrêmement stable. Il résiste tellement à tous les mauvais traitements que c'en est incroyable. Mais certaines tentatives de déformation ont parfois déclenché une réaction imprévisible (ce fameux problème d'opacité et cette absence totale de ductilité au centre), et ça a fait BOUM! Et après, pour que ça s'arrête, il faut faire des choses comme appeler Joseph Deiss à la rescousse, qui avoue d'ailleurs ne rien pouvoir faire. Normal, car quand la jurabernoissite (ou jurassudite) pète, il n'y a pas grand chose à faire, sinon constater son erreur, et aller jouer avec moins dangereux (par exemple de la dornachite).
Tels sont les habitants (bon, pas tous, n'exagérons rien) d'une petite région que vous connaissez bien et où, sous l'apparence de la docilité et d'un horizon borné se cache un potentiel de révolte qui, quand il éclate, sert de leçon à tout un pays.
Telle est, j'espère, la pâte dont est fait Karl ;-)